Résumé de l'émission du 05/02/07 (J'ai une question à vous poser - TF1)

Publié le par Florian

Propos de Cyrille Frank (rédaction AOL)

Impressionnant. Voilà, à première vue, le sentiment que laisse le leader de l’UMP à l’issue du débat de TF1 d’hier soir.

Nicolas Sarkozy connaît bien ses dossiers, y compris sur des points très techniques. Il est capable de citer le nombre de mosquées en France (1290), le taux de scolarisation des handicapés scandinaves (90%), le pourcentage de troubles psychiatriques dans les prisons (15 à 20%), la proportion de gaz à effet de serre en moins émise par la France par rapport aux autres pays d’Europe (21%)…

Il peut évoquer aussi bien la continuité territoriale pour les Dom-Tom, la motivation du classement sans suite par le procureur aux affaires familiales, les droits de mutation des petits commerces…

En somme, Sarkozy confirme son image de bosseur, de besogneux qui explique en partie sa popularité. « Il n’hésite pas à mouiller la chemise, lui ».

Mais, ce n’est pas sa seule victoire hier soir. Il a remarquablement réussi à retourner ses adversaires, notamment grâce à un procédé rhétorique redoutable, connu depuis l’Antiquité et que maîtrise très bien cet ancien avocat : l’inversion de la charge de la preuve. En Droit, cela consiste à passer du statut d’accusé à celui d’accusateur. Ce n’est pas à moi de prouver mon innocence, c’est à vous de prouver ma culpabilité.

Il a particulièrement bien usé de cette technique à propos du cumul de son statut de ministre et de candidat. Il a d’abord rappelé qu’à aucun moment dans l’histoire de la Ve République on n’a demandé leur démission aux autres ministres, Jospin compris. Mais surtout, il a présenté le fait de rester à son poste comme un acte de courage et de fidélité au peuple. « Je ne veux pas laisser tomber les Français, comment, je privilégierais mes ambitions plutôt que mon boulot ? Je veux faire mon travail le plus longtemps possible ». Et de revendiquer une baisse de 0,16% de la délinquance pour le mois dernier. (sous-entendu : il faut vraiment que je reste, dans votre intérêt).

Plus habile encore, il parvient à faire passer cette décision pour un acte exemplaire et unique : « je serai le premier à m’imposer cette règle ». Si Jospin est resté Premier ministre jusqu’après l’élection, c’était pour occuper le temps ?

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur a très bien su répondre aux questions concrètes du public. Il a su se montrer pédagogue et utiliser des mots simples, de tout le monde : «boulot, toubib, gosses »…

Il s’est évertué à fournir une réponse didactique à chacune des questions.
- Problème de pouvoir d’achat ? Libérons le travail, les heures supplémentaires exonérées de charges sociales, le droit de travailler pour les retraités… cela créera de la valeur, de la consommation et des recettes fiscales via la TVA.

- La précarité ? Il veut "une France de propriétaires", via la déduction fiscale des intérêts d’emprunt, via la caution d'emprunt garantie par l’Etat pour les titulaires de CDD et autres intérimaires, par le recours au crédit hypothécaire pour pouvoir emprunter à nouveau pour acheter plus grand, en s’appuyant sur la garantie du capital en voie d’acquisition. Quelques bonnes idées innovantes.

- Sarkozy s’est montré très bon également dans la symbolique du rassemblement : il veut être le président de tous les Français. « Je veux défendre les minorités » mais « je ne veux pas que la majorité se défende d’être la majorité ». Il a aussi ouvert ses bras aux électeurs lepénistes : « ça ne sert à rien de les culpabiliser » , à tous les Français républicains… 


 Enfin, il a très bien mis l’accent sur la responsabilisation des individus, voulant combattre les abus, les fraudes et voulant inciter au travail (une activité obligatoire pour les titulaires de minima sociaux, l’obligation de ne pas pouvoir refuser une troisième offre d’emploi proposée par l’ANPE)… Et récupérant à son compte l’exaspération de nombreux Français qui ont le sentiment de travailler pour des « profiteurs ».

Cependant, Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment été inquiété sinon par quelques « anti-sarkozystes » qui se sont disqualifiés par leur radicalisme et leur faible argumentation.

- Aucune question par exemple sur la « discrimination positive » défendue par Sarkozy et néanmoins génératrice de tous les racismes dans son application : « tu vois le Black là-bas ? Encore un pistonné… »

- Pas de question gênante sur le « bouclier fiscal », le blocage de l’imposition à 50% maximum des revenus. « Et qui profitera à 90% des Français » précise-t-il habilement. Oui, mais une exonération qui, en proportion, profitera surtout aux plus riches et leur permettra d’économiser des milliards d’impôt. Autant de recettes fiscales en moins pour l’Etat, autant de moyens en moins pour financer la recherche, les infrastructures, les crèches… Mais sans doute Nicolas Sarkozy pense-t-il aux évasions fiscales pour cause de impôts excessifs, et qui donnent lieu à des chiffrages très polémiques.

- Pas de précision demandée non plus sur l’obligation d’accepter une troisième offre d’emploi de l’ANPE, « dans la même catégorie ». Tout dépend de l’extension que l’on donne à cette notion… métallurgiste = O.S. sur une chaîne de montage ?

- Rien sur l’origine du financement de toutes ces mesures sociales, d’inspiration finalement très « chiraquienne » (le prêt garanti par l’Etat, les exonérations de charge sociales, l’aide familiale dès le premier enfant, les incitations fiscales aux médecins pour s’installer dans les campagnes etc.)

Pour financer toutes ces mesures, Nicolas Sarkozy parie sur le travail, créateur de pouvoir d’achat, de consommation et donc de recettes fiscales via la TVA. C'est du moins le seul mode de financement qu'il a évoqué hier soir. Une vision très « socialiste » finalement, qui reste centrée sur le marché intérieur.

Rappelons que cette relance par la consommation était l'un des axes forts de la politique économique menée en 1981 par Mitterrand lui-même. Laquelle avait abouti au creusement du déficit non seulement budgétaire, mais aussi commercial français. Et oui, car si les Français consommèrent plus, il consommèrent beaucoup de produits étrangers. Aujourd'hui une relance par la consommation pourrait très bien dynamiser l'économie des entreprises chinoises, sans pour autant relancer notre économie. Et la TVA prélévée ne pas compenser nécessairement la moindre activité... Sauf, si nous gagnons en productivité (via l'abaissement du coût du travail) pour gagner en compétitivité et conquérir des marchés étrangers. Mais cet argument sonne déjà moins bien à l'oreille des travailleurs.

Durant cette émission de trois heures, Nicolas Sarkozy a été un brillant orateur, proche des gens, concret, convaincant, énergique... Mais sur le fond, il laisse de grosses interrogations qui n’ont, pour le moment, pas été levées. Elles le seront peut-être plus tard, lors de l’affrontement des deux candidats. Attendons donc de voir la suite…



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