Un peu d'humour ...

Publié le par Florian

Je laisse Henri-Stéphane Petit de la rédaction d’AOL enlacer son regard humoristique, décalé et critique sur l’actualité politique et l'élection présidentielle de 2007.


Peut-on désormais concevoir une campagne présidentielle en France, aussi fadasse soit-elle, sans une bonne tartine de sondages ? Avouez que ce serait insipide et ennuyeux. "Allez, je vous en remets une tranche de plus pour le même prix. Vous pourrez accommoder les restes avec si vous voulez".

Sondage, mais qu'est ce que tu as dans le ventre ? Décrié mais utilisé, vilipendé mais intimement scruté, il se fabrique toujours avec les mêmes ingrédients et s'élabore selon la même recette.

Outre sa qualité nutritionnelle, commercialement reconnue par le commun des médias qui veut donner (du ?) le sens de l'opinion publique ainsi qu'un coup de fouet à son tirage, le sondage semble de plus en plus utilisé comme un exhausteur de goût. Il amplifie, il renforce la saveur de ce qui n'est finalement qu'un amuse-gueule pour le transformer en un plat principal bien lourd, limite indigeste.

Pour les instituts, le sondage politique est un peu comme le gâteau le plus appétissant de la vitrine. Celui qui donne envie de rentrer dans la pâtisserie. Une fois à l'intérieur, on peut vous vendre des cochonneries chocolatées industrielles plein le cabas.

Plus rarement, lorsque ça sent bien le faisandé (il suffit d'attendre le moment opportun pour publier, de préférence longtemps après la réalisation de l'enquête), l'étude statistique d'un panel représentatif sert carrément à masquer la platitude et la fadeur du débat politique ambiant.

Mais dans tous les cas, le sondage est aujourd'hui devenu autophage. Il se nourrit volontiers de lui-même, ou de ses autres congénères. Les personnes interrogées, pour être représentatives de la population française, ne vivent donc pas toutes dans des grottes.

Les sondés, comme les appellent les instituts, ont déjà la cervelle gavée d'enquêtes d'opinion en tous genres, diffusées à toutes heures du jour et de la nuit, au moment où ils répondent aux questions qu'on leur pose. Gageons qu'il y en a même de plus en plus qui orientent, inconsciemment ou pas, leurs réactions en fonction des choix proposés... Malin, le panel !

Sans parler des candidats eux-mêmes ou de leur équipe de campagne, qui, bien qu'ils s'en défendent, ingèrent, digèrent et intègrent les enquêtes au coeur de leur tactique électorale comme on le ferait du bon pain sortant à peine du four : c'est chaud, ça vient de sortir et tant pis si on se brûle !

En revanche, si d'aventure le sondage était défavorable, ils vous assurent sèchement qu'ils ne le donnerait même pas à leurs cochons.

Dans tous les cas c'est bien pratique et cela permet à tout le monde - candidats, instituts et médias - d'établir un classement, d'attribuer une position à chacun. Qu'elle soit juste ou fausse, surestimée ou sous-estimée, là n'est pas l'essentiel. Il faut bien mettre des cartons pour installer les invités à la table du banquet, pour savoir qui l'on va servir en premier...

Bref, il y a à boire et à manger dans les études que l'on nous sert. Bien que scientifiquement contestables, méthodologiquement faillibles, politiquement critiquables et prédictivement aventureuses, elles restent malgré tout un excellent thermomètre de l'opinion... de la veille. Quand on sait qu'il va pleuvoir, il suffit de prévoir la capuche.

Et pour inaugurer ma nouvelle série "Les questions existentielles qui me servent de chute" : Est-ce que sonder, c'est tromper ?



HSP

Publié dans Actualité

Commenter cet article